Les femmes ailées de Stéphanie Billarant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Travaillant la photo comme la peinture, Stéphanie Billarant accorde une grande attention à la  qualité du papier et des tirages. Ce sont des éléments essentiels du résultat d’un travail impeccable. Ses séries  parlent du lent déroulement du temps,  des ombres, donc de la lumière, de la couleur et de leurs trajectoires. L’artiste est actuellement en pleine renaissance : cela se sent ; s’éprouve. La sensualité est subtilement présente. Chaque image répond au « comment dire » de Beckett et expriment un univers d’exploration de la solitude et du silence que l’image fait danser. Les fantasmes d’explosions sont plus que jamais présents au sein de la douceur ouatée et de la gaze. Les photographies ne sont plus des lieux mais des étendues sans prise. Des corps d’aurore ou de crépuscule, vibrent d'immobilité par la lumière.  La femme y devient le monde entier. Une brèche est ouverte. Elle renvoie l’univers par bouffées dans une zone soustraite aux rites de la vitesse pour ceux de l'attente.  

Stéphanie Billarant nous introduit dans ses images ; elle fait du voyeur son complice - ce qui explique la douce sauvagerie de ses œuvres. Elles sont animées de l'énergie de l’espoir qui  pousse au questionnement.  Surgit une "abstraction" particulière produite par la qualité technique des prises et les visions de la créatrice. Le monde devient le seuil du visible porté à l’extrême : chaque épreuve le met en tension. Voici la poésie lumière de l’éphémère, de l’ineffable et de la vie. Les photographies confrontent à l'étonnement stupéfiant  d'où elles sortent et que nous recevons. Voici une forme d’extase nue contre le chaos.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Stéphanie Billarant, « IN // OUT », galerie Le Purgatoire – 54 Paradis, Paris Xème., du 15 mars au 30 avril.

 


« QUANTUM» ou  LE FRANCHISSEMENT DES SEUILS »

Superbe découverte que les harmonies non imitatives qui surgissent des photographies « expérimentales » de Stéphanie Billarant. Explorant un territoire qui dégage du réalisme pour glisser imparablement dans une fantasmagorie particulière, l’artiste propose comme elle l’écrit « un voyage de l’extérieur vers l’intérieur, le passage de la frontière de le lumière pour pénétrer au cœur de la matière et traverser la peau des impalpables ». C’est bien là que tout devient intéressant. En effet, franchir la frontière, changer de corps, de lieu, de temps de matière, voici ce qui touche à notre plaisir, à notre jouissance et, en conséquence à nos possibilités d’angoisse puisque nos certitudes se voient interpellées par cette traversée.

Ce franchissement est rare. Souvent, un artiste pense franchir et faire passer un seuil mais de l’au-delà de la frontière , il ne ramène que du pareil , du « même ». Ne demeure qu’un vestige au lieu de vertiges puisqu’au sein du passage espéré la différence recherchée s’est évanouie. Stéphanie Billarant réussit à l’inverse sa quête du changement. Une « délivrance « se dégage de notre aveuglement et de notre égarement dans ce qui est pris pour le réel.

La ligne de passage inscrit chez la photographe une coupure : le voyageur ne peut plus emmener avec lui ses propres bagages, sa propre interprétation, sn propre inconscient. Tout mute. Il n’existe que de rarissimes arpents de réalité sur lesquels on ne peut même plus s’appuyer. Une étrangeté explosive défie l’affalement dans l’orthodoxe. Non seulement, le « décor » tourne mais il ouvre à un autre espace voire un autre sens.

La jouissance ne tient pas à un retour des «choses» mais à leur retournement.
Si bien, qu’à l’âcreté et à l’amertume qui désagrègent la jouissance fait place à un franchissement que l’on croyait impossible. Soudain on ne se retrouve plus du même côté de la frontière. Soumis à une étrange torsion, le regard butte

mais ensuite s’approprie des « paysages » inconnus à la lumière à la fois caverneuse et rutilante.
Stéphanie Billarant permet de rompre avec les perceptions acquises par l’habitude. Elle ne duplique jamais du semblable dans ce qui tiendrait à une sorte de complaisance. En lieu et place des habituels rituels de certitude un saut a lieu loin de ce qui est pris généralement en photographie pour des invariances. Un « pas au-delà » (Blanchot) est entamé. Dans les différentes séries de la photographe il vient à bout des clivages de l’intériorité et de l’extériorité. Passer un telle barrière n’est pas plonger du raisonnable à la folie, mais de changer la folie du croire voir à un voir même si l’artiste ne propose qu’un entrevoir. Toujours est-il qu’elle met à ma les sécurités inutiles à l’accès vers l’altérité qui seule est capable d’offrir une confrontation nourricière pour l’advenir à soi comme à celui du monde. Franchir ce seuil permet à la photographie de réellement exister par elle-même, pour ce qu’elle est et ce qu’elle peut produire de matière et d’impression lumière.

L’œuvre nous plonge aussi dans le silence, l’abandon, le lâcher prises.
Elle oblige à assumer une traversée incertaine dont l’avenir comme l’origine est une interrogation mais dont seul le franchissement permet la possibilité. Cependant faire ce que propose Stéphanie Billarant – à savoir passer outre, outrepasser – peut demeurer au-dessus des forces de ceux qui cherchent toujours dans l’image une représentation. La difficulté demeure donc aussi entière que passionnante. Il faut s’extraire de la pure illusion tant du réel que de la psyché. L’œuvre a donc valeur de transgression et d’errance. De magnifique et mystérieuse errance.
Elle oblige au sois qui tu deviens comme au soi qui tu es en acceptant la perte de repères afin de regarder du côté de l’autre ou en dedans. D’en accepter le risque pour passer la limite de notre ignorance.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret 

 

 

 

 

 

 

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